Contre Nature ou les fictions d'un promeneur d'aujourd'hui

Si, monter une exposition consiste à rassembler des oeuvres, au fil du temps, cet exercice est devenu pour moi une expérimentation dont l’origine serait une question posée aux oeuvres et aux artistes, ou bien une hypothèse à vérifier qui peut souvent m’emmener grâce aux images et objets créés, très loin de celles‐ci.

La question ici se formulerait ainsi : que nous dit l’art d’aujourd’hui sur notre relation à cette Nature dont nous nous apercevons avec terreur et stupéfaction que nous la détruisons ?

L’hypothèse serait que les signaux que nous envoie le regard des artistes, en tant qu’il est une manière particulière d’entrer en résonance avec les choses autour de nous, révèleraient quelques chemins inattendus, que notre imagination désirante pourrait emprunter, pour redonner sens à notre être‐au‐monde.

Le texte que j’ai écrit en introduction du catalogue est celui‐là même que j’ai envoyé aux artistes, pour provoquer leurs réponses, pour les interroger sur le sens de leur oeuvre, que je décris ici dans son mouvement, comme la nécessité d’un retrait face aux perroquets qui nous guident, une invitation à la marche à reculons, pour sortir des sentiers battus et nous surprendre.

C’est pourquoi j’ai pour chacun d’eux chercher un titre générique qui comme des cairns au chemin signaleraient qu’il y a là un point de vue.

Pourrons‐nous grâce à ces oeuvres réunies, sonder pour nous‐mêmes à la fois l’écart et l’intimité que nous entretenons avec ce que l’on nomme Nature, qui ne serait pas à proprement parlé en dehors de nous comme pré‐formée, mais qui n’existerait pour‐nous, que par les interactions que nous entretenons avec elle et que les artistes par le retrait qu’opère toute oeuvre, nous restitueraient de manière « résonante » ?

Evelyne Artaud, commissaire de l’exposition